Les bicyclettes à moteur auxiliaire (100cc à moteur 2 temps)
par Patrick Barrabes
Les BMA
Souvent dédaignée par les collectionneurs
en raison de ses faibles performances, la bicyclette à moteur auxiliaire
ou BMA connaît aujourd'hui un fort regain d'intérêt dû, bien sûr à la
raréfaction certaine des machines de plus forte cylindrée, mais aussi à
la prise de conscience du fait que ces petits engins détiennent une place
privilégiée dans l'histoire de la locomotion individuelle.
Entre les deux conflits mondiaux et avant d'être détrônés par la légendaire
Mobylette, les BMA, ne nécessitant pas de permis de conduire, ont régné en
maître sur tous les parking d'usines. Par leur prix d'achat à la portée
de presque toutes les bourses, elles ont permis à beaucoup de Français de
goûter aux joies de la route lors des premiers congés payés en 1936.
Un règlement draconien Les bicyclettes à moteur auxiliaire sont nées
d'un décret du 12 septembre 1925 qui permettait de rouler sans le fameux
carton rose à condition de ne pas dépasser un poids de 30 kilos et une
vitesse de trente kilomètres à l'heure. Pour répondre à un cahier des
charges aussi draconien, les constructeurs présentaient aux mines une
version basique, dépouillée à l'extrême, et proposaient ensuite au client
de nombreuses options, qui transformaient la «libellule» du départ en
véritable petite moto, parfaitement équipée mais dont le poids des divers
rajouts ne figurait pas sur la feuille des mines.
Une aubaine pour Motobécane
La grande maison de Pantin, bien connue pour ses motos
à vocation populaire, ne pouvait échapper à ce mouvement. Nombreux furent les
modèles produits. Sans trop entrer dans les détails, je vais faire un point sur
ces 100 cc qui, sortis de la rue Lesault, tels des petites fourmis ouvrageuses
et vaillantes, se sont répandues dans nos villes et nos campagnes.
La toute première : la B1
MB1 en réduction, son petit deux temps à allumage
par magnéto entraine directement la roue arrière par l'intermédiaire d'une
courroie trapézoïdale. La fourche, à parallélogramme contribue au confort,
assistée par des pneus de 600 x 55. Le freinage est assuré par deux freins
indépendants à patin agissant tous les deux dans la gorge de la poulie jante.
L'évolution : la B1A
Abandon de la courroie pour cette nouvelle version
qui, à l'aube de 1931, étrenne une transmission par chaîne, moins exigeante
en entretien. Le nouveau carter moteur intègre un réducteur qui permet
d'assurer une démultiplication finale correcte. Le mouvement entre le moteur
est la roue n'est toujours pas débrayable. Peu de modifications partie cycle
si ce n'est l'adoption d'un réservoir fuselé sur l'arrière. Signalons
l'apparition d'une version à cadre ouvert destinée aux dames ou aux ecclésiastiques.
B1W, la reine de l'économie
Avec ce modèle, nouveau challenge pour Motobécane
qui essaie de produire la BMA la moins chère du marché. Ce pari sera tenu
avec un prix affiché de 900 francs. Cette grosse bicyclette montée sur pneus
de 600 x 55 utilise la mécanique et la transmission de la Bl A mais sera équipée
a compter du n° 251199 du nouveau volant magnétique NOVI monté en bout 1932
de vilebrequin.
Plus de Luxe avec la B1C
Toujours monovitesse mais désormais munie d'un
embrayage évitant le calage lors des arrêts, la B1C hérite d'un équipement
plus copieux avec des freins tambours de 95 mm montés sur des roues de 650 x 50.
1933, la Bl V2
L'arrivée de Géo HAM chez Motobécane apporte une vague
de modernisme dans le dessin de tous les modèles. La bicyclette à moteur auxiliaire
n'échappe pas à cette lame de fond qui va transformer la bicyclette motorisée en
véritable petite moto, équipée comme "une grande". Apparition d'un réservoir en
selle, d'un carter de chaîne profilé et d'une fourche à parallélogramme
multitubulaire seront les modifications principales de la partie cycle.
Grande innovation pour la transmission, puisque celle ci se trouve désormais
dotée d'une boite de vitesses comportant deux rapports. Signalons l'existence de
la B1V, en tout pont similaire à la BlV2, mais munie d'un petit réducteur mono
rapport supportant un petit embrayage à bouchons de liège.
Les BlV2 en 1936
Cette année 36, bien présente dans la mémoire des
Français grâce aux débuts des congés payés, voit la BMA désormais équipée
d'origine d'un éclairage alimenté par le volant magnétique. Le volume du
réservoir augmente tandis que son esthétique rappelle celui des séries S.
Un porte-bagages permet d'envisager le transport de charges diverses. Le pot
transversal du modèle 33 est remplacé par deux magnifiques queues de carpe.
Le moteur reçoit un nouveau cylindre en aluminium chemisé. Une boite 3 vitesses
est proposée en option. Des modèles de finition plus austère sont disponibles.
Ce sont les TRANSPORT chez Motobécane et COURSIER chez Motoconfort. Leurs prix,
plus modestes, sont dus à une finition moins luxueuse (peu de cbromes, déco
réservoir simplifiée...)
Les ultimes évolutions : GRAND ROUTIER 38 et AB1
Les années 38 et 39 si proches du grand bouleversement
qui allait transformer l'Europe en champ de bataille voient Motobécane présenter
ce qui sera l'apogée de la bicyclette à moteur auxiliaire.
Notre B1V2, déjà très proche par ses équipements d'une moto de plus forte cylindrée,
voit encore sa silhouette s'étoffer par l'adoption d'un gros cylindre en aluminium
chemisé comportant deux échappements bien séparés. Si l'acheteur prenait soin de
faire sauter la plaquette réductrice limitant le passage du carburateur à 10 mm,
le moteur, bien assisté par une boîte à trois rapports dépassait et de loin les
30 kilomètres/heure réglementaires.
Petite anecdote : de l'autre côté des Pyrénées, en plein pays catalan, la rencontre
en 1944 de Francisco Bulto et de Pedro Permanyer débouche sur la création de la firme
Montesa dont le premier modèle de 98 cc est une copie presque à l'identique de la
dernière génération du B1V2. Simple plagiat ou accord commercial ? Je ne connais pas
la réponse. Peut-être que l'un de vous... L'évolution de ce modèle conduit bientôt à
une 125 extrêmement compétitive au moteur d'une esthétique toujours très proche de la
BMA française. Elle fut engagée avec succès dans de nombreuses courses internationales
et a contribué à établir l'image sportive de Montesa. Surprise au salon 38 avec
l'apparition d'un nouveau modèle équipée d'un moteur quatre temps à soupapes latérales.
Ce bloc moteur, de ligne très pure, est le premier d'une très longue série et sera produit,
réalésé à 125 jusqu'au seuil des années 60. Les D45A, B et S deviendront le symbole de la
moto populaire française. Malgré son prix supérieur de 550 francs à celui du grand routier,
le succès est au rendez-vous, car la propreté et l'économie de cette machine
(2,2 litres aux cent) rallient vite tous les suffrages. Après guerre, un kit sera même
disponible chez les concessionnaires pour augmenter la cylindrée à 125 cc